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J’ai récemment posté un article dans le Petit Journal de Shanghai au sujet du Cercle Sportif Français. Celui-ci, construit en 1926 par deux jeunes architectes français Paul Veysseyre et Alexandre Leonard, est un des haut-lieux du Tout-Shanghai des années 20 et 30. Il se rend célèbre, entre autres, comme étant l’une des salles de bal les plus courrues de la ville. En effet, depuis l’avénement de la toute nouvelle République de Chine en 1911, l’opium est, tout du moins officiellement, prohibé à Shanghai, bien que le traffic continue bel et bien. La danse devient alors naturellement l’exutoire d’une société de plus en plus riche et en quête de divertissements.

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            The ballroom at the Cercle Sportif Français

Ainsi fleurissent en ville plusieurs salles de bals, toutes plus belles les unes que les autres, donnant lieu à une concurrence effrénée entre établissements. On compte en 1941 plus d’une trentaine de cabarets et de ballrooms où il est possible de danser.

Jazz et qipao

Le fox-trott, charleston mais surtout le jazz sont les nouveaux genres que se doivent de posséder les mondains et élégantes de la société shanghaienne. La “femme moderne” s’incarne dans les starlettes de cinema et les “wunu” (舞女 hotesses de bal) dont le signe distingtif est la “qipao”, ou robe drapeau, evolution de la robe mandchoue traditionnelle , mais désormais ajustée aux hanches et surtout raccourcie et fendue sur la cuisse, pour laisser deviner les jambes. Ce nouveau style de vie, le “haipai”, ou “tendance de Shanghai” est décrit dans les livres d’Eleen Chang (Love story in a dying city)  ou  de Mu Shiying “La Pivoine Noire” (Hei Mudan ).

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                         The Canidrome jazz orchestra

La danse devient aussi un moyen de gagner sa vie pour beaucoup de femmes, la frontière n’est d’ailleurs pas hermétique entre loisir et prostitution. Ainsi, les hotesses de bal accordent leurs danses contre des tickets, dont le prix variant en fonction de leur renommée. Par exemple, le soeurs Liang ou la fameuse Hu Die (papillon), respectivement actrices de cinéma dans la vie courante, étaient-elles parmi les partenaires de danse les plus recherchées et donc les plus chères.

Or on dit que la beauté froide de Hu Die a couté beaucoup d’argent à certains, désireux en vain de lui arracher un sourire. Une autre annecdocte concerne ces danseurs qui, par crainte de ne pouvoir acquiter leurs dettes, cassaient des petits morceaux d’ allumettes qu’ils alignaient sur leur table pour comptabiliser les tours de bal. Il faut dire que de nombreux lieux de danse étaient alors contrôlés par la mafia et que les mauvais payeurs pouvaient finir au fond d’une allée avec une balle dans le ventre.

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                           Hu Die                                                        Paramount Ballroom

Les salles de bal les plus célèbres de Shanghai

Certes, le Cercle Sportif Français était connu pour son bal du dimanche après-midi mais il n’était pas le seul, loin de là. En fait la plupart des grands hôtels de la ville se devaient, pour attirer une clientèle friande de loisirs de posséder une grande salle de bal. Cet élément devient même l’argument publicitaire phare à partir des années 30. Ainsi, le tout nouveau Park Hotel de l’architecte hongrois Le Hudec vante-t-il son “Sky-Terrace Ballroom”, la salle de bal la plus haute de Shanghai, à ciel ouvert grâce à un ingénieux système de toit amovible. De même le Metropole Gardens, (près du Plazza 66 actuel) vantait-il sa colonnade extérieure pour prendre le frais en été.

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                     Dancing at Metropole Gardens 

De plus, sont créés de véritables temples de la danse, comme le Ciro’s, sur Bubbling Well Road (actuelle Nanjing Ouest Road) ou le Paramount, dans les “Badlands”, zone limitrophe des concessions, permettant de s’encanailler hors du contrôle des polices étrangères. Cette dernière salle fait sa renommée par sa double piste de danse dont l’une éclairée par le sol, offre le double avantage de la transparence sous les robes et la sensation de voler en dansant.

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   Shiff's drawing of hostess and client                    Buck Clayton in Shanghai                                 

Enfin, le Canidrome, lieu dédié initialement aux courses de chiens sur l’actuelle Place de la Culture, s’équipe aussi d’une salle de bal. Le Canidrome engagera même en 1934 un orchestre de jazz noir americain “Buck Clayton et ses Harlem Gentlemen”. Buck Clayton deviendra alors la coqueluche du Tout-Shanghai, faisant pourtant l’objet d’une ségrégation de la part de ses propres concitoyens, les marins américains stationnés sur le Huangpu. Il poursuivra sa carrière dans l’orchestre newyorkais de Count Basie et accompagnera aussi Franck Sinatra dans les années 60.

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                                    Blood Alley

Pour compléter tout à fait ce panorama du “swinging Shanghai”, il faut bien sûr évoquer les endroits les plus interlopes, dans les quartiers comme Hongkou ou derrière le Bund comme dans “Blood Alley”. Cette rue (aujourd’hui Xikou Lu), doit son surnom aux nombreuses bagarres au couteau, souvent fatales, qui s’y déroulaient entre marins emméchés. Les tickets de danse du Palais ne s’achetaient que quelques cents et les hotesses étaient toutes des prostituées, quelques russes mais surtout des Chinoises venues des faubourgs.

Inutile de préciser que les habitués de Blood Alley et du Cercle Sportif Français n’avaient pas grand chose en commun.

Espérant vous avoir fait découvrir quelque chose, je vous dis à bientôt. 

Pour en savoir plus, je conseille la lecture de “Shanghai’s Dancing World” de Andrew David Field, Ed The Chinese University Press

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