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imageLors de mon séjour récent sur l'ile de Gulangyu, à Xiamen, j'ai été subjugué par une architecture totalement inédite. Définir le style de certaines maisons semble en effet impossible, tant les influences sont nombreuses et le design original.

On retrouve çà et là des éléments d'origine portugaise ou française mais ils sont bien souvent mélangés avec un style beaucoup plus chinois. Pourtant, de nombreuses bâtisses me laissaient ce sentiment de déjà vu et j'ai fini, à force de réflexion, par trouver pourquoi. Ce style si particulier rappelle en effet celui des forteresses de Kaiping, dans la région de Guangzhou! Comme à Xiamen, les "dialou" de Kaiping sont l'oeuvre de Chinois d'outre-mer, des émigrés, revenus en Chine à la fin du 19ème siècle, consécutivement aux traités de la Guerre de l'Opium.

Xiamen Black Cat Restaurant, une atmosphère de 1910!

 

Un mélange d'influences

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À Xiamen (droite), c'est la fermeture du commerce avec l'étranger décidée sous la Dynastie Ming au 16ème siècle qui a conduit de nombreuses familles de marchands à quitter le pays. Ils s'installent à Taiwan, Singapour, aux Philippines, en Malaisie ou Indonésie tout en gardant des liens avec la Chine. Lorsque la Chine s'est réouverte, ils se sont tout naturellement revenus à Xiamen pour tirer partie des opportunités commerciales. Leurs idées modernes concernant l'économie, la société et même la politique ont joué un rôle important dans l'émergence de la République. Du point de vue architectural, les demeures de ces riches immigrants sont très originales. Certes sont présents de nombreux éléments traditionnels comme le hall des ancêtres mais les extérieurs intègrent toutes les influences occidentales issues des autres enclaves en Asie: des fontaines Renaissance, des motifs baroques, des terraces coloniales, etc. Même si ce style peut paraître chargé ou même tape-à-l'oeil, l'impression générale est superbe et la contribution au patrimoine chinois indéniable!

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A Kaiping (gauche), l'histoire est à peu près la même, si ce n'est que c'est la pauvreté qui pousse les familles de paysans à partir aux Etats-Unis, Canada ou Australie pour chercher une nouvelle vie. Là, les plus avisés et les plus entreprenants profiteront du boom industriel de l'Amérique du Nord pour monter des affaires à Chicago ou à New York. Lorsque la Chine s'est ouverte, ces nouveaux riches ont acheté des terres dans leurs villages d'origine pour s'y construire une demeure. Cependant, l'insécurité qui règne encore à cette période dans les campagnes n'a rien à voir avec l'ile de Gulangyu et les conduit à édifier de véritables châteaux-forts pour se protéger des bandits.

IMG_7323Ainsi, même si le style de ces maisons est fortement influencé par l'architecture portuguaise de la Macau toute proche, les tours destinées à voir arriver les assaillants sont totalement inédites, de même que les portes et volets métalliques. On trouve parfois de véritables palais sur le modèle de Versailles (droite) quoique mieux protégé contre les attaques. La comédie hongkongaise “Let the bullets fly”, qui a été tournée en grande partie dans la région, donne une assez bonne impression de la vie à cette époque.

A Shanghai aussi, après s'être intéressés aux purs styles de la Concession Française ou britanniques, les travaux de restauration se focalisent sur un tout autre style, moins orthodoxe: le "style Comprador" du nom de ces intermédiaires Chinois qui ont profité du développement des Concessions. Le Kee Club est un bon exemple de ce style qui emprunte aux influences étrangères tout en restant original. De même dans les années 30, des architectes comme Robert Fanqui ont étudié aux États-Unis, ont laissé à Shanghai un héritage art-deco, mélange entre tradition et modernité comme le WMCA Chinois.

 

La contribution des nouveaux émigrés

A ce stade me vient une question: On parle de plus en plus du retour massif au pays des étudiants ou des Chinois de l'étranger partis au Etats-Unis, en Europe ou de la diaspora taïwanaise. En effet, les perspectives d'emploi et d'investissements lucratifs sont plus importantes en Chine que dans le reste du monde, un peu comme c'était le cas à la fin du 19ème siecle. Aussi les jeunes architectes formés à l'étranger et les entrepreneurs-investisseurs ont-ils aujourd'hui un rôle décisif dans le développement de la Chine.

Quel sera l'impact de ces nouveaux immigrants sur l'architecture et le patrimoine urbain de la Chine?

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Kaiping: Portraits d'une famille de Chinois revenus des États-Unis. Certains sont habillés à l'occidentale.

Si vous voulez en savoir plus, n'hésitez pas à me contacter au 15021769130 ou didier.pujol@chinaworldexplorers.com