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Ceux qui me connaissent savent que je suis très intéressé par la face glamour du Shanghai des années 30. En effet, les lieux de luxe actuels de Shanghai sont souvent hérités de cette période d'or de la ville. J'aimerais donc aujourd'hui vous parler des tycoons et des nantis qui ont légué à la ville ce patrimoine. Qui étaient donc ces "happy few" qui ont laissé à la ville ses plus beaux hôtels, résidences ou batiments notables? Et surtout comment sont ils devenus riches? Etaient ils vraiment tous des occidentaux venus profiter des "traités inégaux" ou aussi des Chinois qui ont eu leur heure de gloire?
 
Les Juifs séfarades
imageJ'ai déjà longuement évoqué l'héritage de Victor Sassoon dans les articles précédents. Celui-ci est l'héritier de David Sassoon, riche Juif séfarade venu de Bagdad dont la fortune s'est faite par le commerce. Victor Sassoon a décidé de rapatrier la fortune familiale du Nord de l'Inde vers Shanghai pour la placer dans l'immobilier au début des années 1920. Le résultat aujourd'hui le plus visible de ces investissements est le Peace HotelÉgalement proche du trajet de David Sassoon est celui de Elly Kadoorie (photo ci-contre) également originaire de Bagdad et qui commencera à travailler pour la compagnie de David Sassoon avant de lancer ses propres affaires, dans l'opium puis dans l'immobilier dans les années 20. Sa résidence, le Marble Hall est encore l'un des plus beaux batiments de la ville (photo ci-dessus). 
 
Les entrepreneurs Britanniques

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Parmi les entrepreneurs les plus talentueux venus d'Angleterre figure la famille Swire dont la compagnie basée à Hong Kong est toujours l'une des plus puissantes d'Asie (Swire Group - Taikoo Group) avec la gestion des services de la Cathay Pacific ou de la mise en bouteille de Coca Cola. Sa marque de fabrique à Shanghai est le Xinguo Hotel (ci-contre) et ses 7 magnifiques bâtiments de styles elisabethain ou colonial construits par Warren Swire. Sur l'ancien Quai de France, le complexe "Bund 22" avec ses restaurants et galeries d'art sont ses anciens bureaux.

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Henry Moriss est aussi l'héritier d'une famille venue en 1966 inverstir à Shanghai. A l'issue d'un mariage avec la fille du propriétaire du célèbre North China Daily en 1880, Henry Moriss décide de racheter le journal. Surnommée la "vieille dame du Bund", le North China Daily est le plus ancien Journal de la ville. Le fils de Henry Moriss, Henry Moriss Jr (photo ci-contre) est passionné de courses de chevaux et de lévriers et fera construire sa demeure tout près du Canidrome de la Concession Française pour pouvoir y entrainer ses chiens. Le groupe de quatre maisons du Moriss Estate constitue aujourd'hui le Ruijin Hotel Intercontinental. On raconte qu'après l'arrivée des communistes, le propriétaire finit sa vie dans le modeste pavillon du gardien!

Les notables de la Concession Française

imageFelix Bouvier, propriétaire du Canidrome (ci-contre aujourd'hui Place de la Culture) et du Ai Halai (hall de pelote basque), résidera un moment dans le batiment du Canidrome, à l'époque la plus grande salle de bal avec restaurants de la ville.  Felix Bouvier commence sa carrière comme comptable et monte rapidement plusieurs sociétés d'investissement avant de devenir propriétaire du Grand Garage rue Joffre. A l'époque, posséder une voiture importée était un luxe. En 1930, on compte moins de 2000 véhicules à Shanghai. Depuis, cette situation a bien evolué!

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Le Comte Armand Pac de Marsoulies est un personnage hautement controversé de la Concession. En effet, il n'hésite pas à tisser des liens avec la "Société des Trois Prospérités", facade légale des activités de traffic et de raffinage de l'opium de la Bande Verte. Il se fait bâtir véritable un château Route Deslastre (photo), aujourd'hui partie de l'Hôtel Ruijin. Sa compromission avec la Bande Verte lui vaudra finalement d'être empoisonné en 1932 par Du Yuesheng, le patron de celle-ci. Son épouse héritera du chateau et du même coup du surnom de "veuve joyeuse"!