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Au coeur de l'action

"La folie asiatique vient de toucher Shanghai, écrit-il le 31 Janvier 1932. La guerre est dans les rues". Suite au boycott des biens Japonais par la population locale, la Marine Japonaise vient en effet de lancer une offensive dans la ville. C'est le début d'un mois de conflit sanglant qui fera plus de 30000 morts dont les deux-tiers sont des civils. Descendu au Palace sur le Bund (en face du Peace Hotel actuel), notre journaliste peut se rendre facilement à pied à la fois sur la zone de guerre sur Broadway Avenue et dans la Concession Francaise au delà de l'avenue Edouard VII (la Yan An Road actuelle). Il ne ménagera d'ailleurs pas sa peine en se rendant sur la route de la Woosong au Nord contôlée par les Japonais et dans le secteur Ouest du coté du Jessfield Park, le Zhongshan Park actuel, transformé en camp retranché par les Chinois. 

 

Portraits Chinois

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Le maire du Grand Shanghai Wu Tiecheng (à gauche) est surtout le représentant des nantis er des hommes d'affaires Chinois. Il demandera au Ministre TV Soong de payer l'armée avec l'argent des banques du Bund. 

Le général Jiang Guangnai (à droite) commandant la 19ème Armée, venue désarmer l’armée de Canton qui réclamait sa solde, se retouve à combattre un ennemi imprévu. Cette situation ironique illustre l’absence d’unité de commandement chinois. Albert Londres décrit ce général en survêtement et ses hommes combattant en pantouffles

 

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Le lieutenant-général Ueda (à gauche), chef du corps expéditionnaire Japonais, est interviewé au Consulat Japonais. Il explique qu'il vient "Rétablir la paix". Cet argument sera ensuite utilisé pour justifier les interventions ultérieures du Japon!

Le capitaine Fiori (à droite), directeur de la Police affiche un désintérêt complêt pour la situation. En fait, Fiori est largement compromis dans les relations avec la pègre locale et semble nullement vouloir prendre part à la défense des Français. Mais cela notre journaliste l'ignore!

 

Réglements de comptes

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Après ce reportage, Albert Londres ne s'arrêtera pas dans sa recherche de la face cachée du Shanghai des années 30. Il s'intéresse ensuite au traffic de l'Opium qui continue d'alimenter les caisses du gouvernement Chinois et de la Concession Française. Il parle alors du "plus grand reportage de sa carrière”. Mais n’aura pas l’occasion de publier son article. Il périra en effet dans l’incendie criminel du Georges Philippar (ci-dessous) qui doit le ramèner en France. Le mois précédent mourront également des personalités liées au traffic dont l'avocat Pac de Marsoulies (ci-contre) à la suite d'un diner organisé par Du Yuesheng, le parrain de Shanghai. Le capitaine Fiori, également invité, ne meurt pas  mais il est démis de ses fonctions lors de la reprise en main de la Police et la lutte anti-corruption la même année. 

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Le général Ueda manquera lui aussi de perdre la vie dans l'attentat à la bombe du Parc de Hongkou (Luxun Park aujour'hui) lors de la cérémonie célébrant la victoire japonaise de Shanghai. De nombreux officiels Japonais seront tués amis il s'en tirera avec des doigts de pied en moins. Cet acte est la celui d'un étudiant Coréen contre l'invasion de son pays par le Japon. Il  réussit en quelques minutes là où les Chinois viennent d'échouer! La conclusion du reportage d'Albert Londres “l'affaire de Shanghai n'est pas terminée” trouvera un echo dans les deux autres conflits  qui suivront. 

La plupart des prémonitions d'Albert Londres se révèleront justes, illustrant son talent de rapporteur et de grand témoin de l'Histoire. Son dernier reportage est donc à déguster sans modération!

Pour me contacter 15021769130 ou didier.pujol@chinaworldexplorers.com