English version

imageCela fait un moment que je voulais écrire sur Shanghai Sketch, le magazine du Shanghai des années 30. Shanghai Sketch (Shanghai Manhua, ci-contre) est fondé en 1928 par onze dessinateurs dont Ye Quanyu, Lu Shaofei, Zhang Guanyu et Zhang Zhenyu. L'un des sponsors est Shao Xunmei, l'amant tapageur de l'écrivain Américain Emily Hahn. Dès les premiers numéros, Shanghai Sketch utilise des dessins érotiques ou des scènes fortes sur sa couverture pour attirer l'attention. A l'intérieur, on trouve des articles d'un type nouveau sur l'art ou le monde de la nuit shangahienne. L'influence du surréalisme est flagrante ainsi que de nombreuses références à la psychanalyse freudienne, reflétant le goût des créateurs pour les tendances artistiques et scientifiques les plus récentes. Des articles relatant les performances nues de Josephine Baker ou des caricatures des nouveaux bourgeois Shanghaiens achèvent de créer une atmosphère de culture urbaine dynamique. A sa manière, Shanghai Sketch représente son époque, avide d'idées et de modes nouvelles. Il répond au besoin des intellectuels de ces années de trouver de nouvelles références. En 1930 cependant, suite à une dispute entre les fondateurs, le journal s'arrête. Une partie des dessinateurs se retrouvera dans la revue Modern Sketch (Shidai Manhua, ci-dessous)

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Si je devais trouver un équivallent Français à cette publication, je citerais le journal Hara Kiri, bien que ce dernier ait été fondé dans les années qui ont suivi Mai 1968. Je trouve en effet que les fondateurs du journal ont aussi cherché à répondre au besoin de profond changement social et culturel qui agitait les jeunes générations à l'époque. De même que pour Shanghai Sketch, l'utilisation du dessin pour attirer l'attention et le ton volontairement non-conventionnel, défiant souvent les codes moraux relève du même objectif de recherche de nouvelles références. Il est évident cependant que la valeur artistique de Shanghai Sketch est bien supérieure. En effet, les dessins de couverture sont souvent repris pour illustrer des publications sur le Shanghai des années folles. Le monde de la dance ainsi que le pouvoir nouveau exercé par les "wunu" (hôtesses de bal) sur les hommes y est particuièrement bien représenté.

Aussi, après des décennies de standardisation en Chine, feuilleter Shanghai Sketch fournit un rare plaisir. On y touche l'idée même de la modernité, à savoir non pas une référence à une période de temps mais plutôt une attitude. Cette modernité là n'est jamais démodée!