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Le héros sort de l'ombre

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En Avril 1927, communistes et nationalistes se déchirent dans des combats meurtriers à Chapei qui aboutiront au massacre de 5000 opposants par les hommes de Chiang Kai Shek. Jacquinot sauve alors des combats qui se déroulent autour du Couvent de la Sainte Trinité 200 enfants et 400 religieuses qui s'y étaient retranchés. Il reçoit au passage plusieurs coups de bayonette ainsi que des éclats de grenade! Cet événement sera le premier d'une longue série d'actes de bravoure et de dévouement au service des victimes des catastrophes et conflits qui vont agiter la Chine des ces années. En 1931, le Yangtse connaît en effet l'une des plus grandes crues de l'histoire et le père Jacquinot a à nouveau l'occasion de démontrer ses capacités de secours aux réfugiés. On estime alors à 140000 les personnes noyées et de nombreuses récoltes sont perdues. À Shanghai, affluent 30000 réfugiés sans aucun recours. Le Père Jacquinot s'adresse alors à TV Soong, le puissant beau-frère de Chiang Kai Shek pour constituer un National Flood Relief Commission chargée de la distribution de nourriture, de vêtements et de la mise à disposition d'abris avec une dotation de 10 Millions de dollars! La supervision de ces efforts est assurée par le père lui-même. Il fait aussi à cette occasion réaliser un film pour alerter l'opinion sur ce désastre afin d'attirer encore plus de fonds de la communauté chinoise à l'étranger. Les malheurs de la Chine ne font pourtant que commencer.

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En Janvier 1932, les Japonais et les troupes de Chiang s'affrontent dans Shanghai lors de "l'incident du 28 janvier" dans Hongkou, la paroisse du pere de Bessange, est à nouveau au coeur des combats . Pendant près d'un mois, ceux-ci font près de 20000 morts, civils pour la plupart, victimes des bombardements japonais. Jacquinot est quotidiennement auprès des blessés dans les hôpitaux. Puis le père décide d'utiliser ses contacts du Shanghai Volunteer Corps, où il a exercé comme aumônier, pour négocier avec les belligérants le sauvetage des populations prises entre deux feux. Une trêve est alors obtenue permettant l'évacuation de près de 2000 personnes, surtout des femmes et enfants, à l'aide de camions, ambulances et transports de fortune. Cette mission impromptue ne vaut pas au père que des éloges de sa hiérarchie jésuite, mise au pied du mur et peu habituée aux manières et méthodes d'intervention du fougueux Père de Bessange. Il s'impose pourtant comme un organisateur et un diplomate hors pair, respecté par tous. En 1936 encore, il aidera à la prise en charge des victimes d'une nouvelle inondation mais c'est surtout en 1937, lors de l'invasion de la Chine par les troupes japonaises que sa personnalité exceptionnelle s'imposera dans toute ses dimensions.

La zone Jacquinot

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Cette fois, les combats dans Shanghai sont d'une violence inouïe et durent près de trois mois. À la furie des troupes Japonaises, les Chinois opposent une résistance acharnée dans un combat de rue. Le bombardement (ci-dessus) quasi systématique déclenché par les assaillants réduit le secteur Sud de Hankou à un champ de ruines en frappant directement les civils. La vieille ville chinoise de Nantao est elle aussi est prise pour cible. Près de 500000 réfugiés se ruent dans les concessions, prises au dépourvu. Des camps de fortune sont mis en place. Mais c'est lors du retrait des troupes chinoises que le risque de répression contre les populations civiles est le plus grand. Le père intervient en créant une zone démilitarisée, en fait la quasi moitié de Nantao, afin de garantir la sécurité des non-combattants. Il met pour cela autour de la table les parties, utilise alors ses appuis politiques et joue de tous ses talents de diplomate pour convaincre les Japonais. 

La "zone Jacquinot ", comme on la nommera, servira d'exemple pour d'autres villes en Chine comme Nanking, Hankou (Wuhan), Xiamen, Hongkong, sauvant environ 500000 personnes dès conséquences de la guerre. Cette initiative est aujourd'hui reprise dans l'arsenal de mesure des Nations Unies en cas de conflit sous le nom de "zone blanche" ou "zone de Genève". Pendant trois années, le père supervisera le fonctionnement de cette zone qui accueillera jusqu'à 250000 personnes, fonctionnant comme une ville dans la ville. Pour le fonctionnement de sa zone, Jacquinot ira  jusqu'en Amérique chercher les fonds nécessaires, totalisant un budget de 45000 dollars par mois, démontrant à nouveau ses capacités de conviction et d'organisateur. Rappelé en Europe en 1940, Jacquinot De Bessange s'éteindra en 1946, épuisé physiquement, dans le Berlin de l'après-guerre aux prises à nouveau avec la question des sans-abris. 

!imagePeu d'hommes auront fait autant pour les autres que le père De Bessange à Shanghai. Au delà du prêtre jésuite animé par la foi, il reste surtout le souvenir d'un homme au caractère bien trempé et au courage extraordinaire!

Bibliographie:

- La guerre à Shanghai, Albert Londres, 1932

- The Jacquinot Safe Zone, Marcia R. Ristaino, 2008

- Les Français de Shanghai, Guy Brossolet, 1994

Dessin par le caricaturiste russe et ami de Jacquinot Sapajou paru dans le North China Daily