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FullSizeRender 2Au moment où sort en France un biopic sur le Commandant Cousteau, "L'Odysée", avec Lambert Wilson dans le rôle principal, j'ai envie d'évoquer un autre amoureux de la mer, né à Shanghai: Jacques Mayol! Jacques Mayol a été rendu célèbre par le film de Luc Besson "Le Grand Bleu" (dernière photo) inspiré par sa vie. Il est le fils de Laurent Mayol, architecte Français travaillant dans la Concession Française de Shanghai des années 1920 et 1930. Je n'ai pas réussi à savoir s'il avait ou non collaboré avec Paul Veysseyre qui réalisa le splendide Cercle Sportif Français mais il est à peu près certain qu'il se connaissaient, vu la petite taille de la communauté Française à l'époque (environ 2000 personnes) et à forciori du groupe des architectes Français.

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Jacques Mayol, le second fils de Laurent Mayol, est né en 1927, un premier avril, ce qui peut être interprété comme un signe avant- coureur de son caractère et de son destin inhabituel. Du fait du niveau de vie aisé de sa famille, Jacques Mayol a mené à Shanghai une existence dorée. Il apprend à nager dès l'age de trois ans et s'entraine à la piscine de l'Association Sportive Française, 68 route Dufour (actuellement Wulumuchi South Road), dès son ouverture en 1936. Lorsque j'ai voulu retrouver cet endroit, il ya deux ans environ, toute trace du club avait disparu et la piscine avait été intégrée dans les fondations d'une nouvelle résidence de luxe. Mais c'est au Japon que le Jacques Mayol apprendra à plonger en mer, à l'age de six ans, lors d'un des nombreux séjours d'été de sa famille à Karatsu, une station balnéaire au Nord de Nagasaki, connue pour sa longue plage de sable bordée par la forêt de pins de Niji-no-Matsubara. 

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C'est là qu'il fait sa première rencontre avec un dauphin, près des Sept Grottes de Nanatsugama. La famille Mayol a l'habitude d'aller au Japon par la ligne maritime qui sert Shanghai et Nagasaki (poster à gauche), comme de nombreux autres riches occidentaux à l'époque. Sur place, ils résident dans une chambre traditionnelle de type ryokan sur la plage à l'hotel Azuyama, aujourd'hui disparu. Lorsque le régime militaire devient plus dur envers les étrangers à la fin des années 30, les Mayol ne se rendront plus au Japon.

En 1939, ils rentrent en France, poussés par la guerre Sino-Japonaise, qui conduit l'administration Française a arrêter la plupart des projets de construction à Shanghai (la future cité administrative du Conseil Municipal Français qui devait être construite dans le Parc Xiangyang actuel est abandonné à cette période). Lorsqu'ils arrivent à Marseille, la destination finale en France de la liaison maritime avec Shanghai, ils n'ont d'autre choix que d'y rester car la guerre avec l'Allemagne a commencé. La vie de la famille devient alors beaucoup plus difficile que lors de l'expatriation à Shanghai. A cette époque, Jacques plonge avec son frère en utilisant des vieux pneus pour fabriquer des lunettes et ramener du poisson frais à la famille. Lors de ces sorties, il fera la rencontre à la calanque de Sormiou d'Albert Falco, plongeur expérimental qui devriendra le Capitaine de La Calypso, le bateau d'exploration océanique du Commandant Cousteau.

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A cette époque, le Commandant Cousteau, de 17 ans l'ainé de Jacque Mayol, est précisément envoyé en mission à Shanghai, en ttant qu'Officier de Renseignement de la Marine. Il revient ensuite à Marseille pour se battre contre les Italiens à bord d'un navire de combat. Je suis particulièrement excité par le fait que deux villes que j'aime tant, Shanghai et Marseille, sont à ce point liées aux destinées de deux personnes que j'admire! En 1944, Jacques Mayol quitte la France pour le Maroc, où il s'engage dans l'Aviation puis il reprend ensuite sa carrière de plongeur après la guerre. Il vit quelques temps en Suède où il rencontre sa femme puis passera plusieurs années en Floride au milieu des dauphins. Il commence dès lors à consacrer sa vie à chercher les relations entre les mammifères marins et l'homme, découvrant notamment l'effet "bloodshift", la possibilité pour les sang humain à subir sans dommage de fortes pressions, exactement comme les dauphins et les phoques.

Il utilise les techniques de méditation yoga afin d'améliorer ses perfornances physiques (son coeur pouvait passer de 60 à 27 battements par minute pendant ses apnées, sur le modèle des dauphins et phoques qui le font par réflexe), afin d'exploiter tout les potentiel des origines aquatiques de l'homme. En 1976, il devient le premier homme à plonger jusqu'à 100 mètres de profondeur sans oxygène. Je ne sais pas si Jacques Maillol est jamais retourné à Shanghai, mais ce qui est sûr, c'est qu'il est revenu à nombreuses reprises sur les sites de plongée de son enfance au Japon, où il a de nombreux amis plongeurs. On peut encore voir une plaque à sa mémoire à Yonaguni, un site historique sous-marin qu'il a aidé à explorer. En 2001, il met fin à ses jours sur l'ile d'Elbe, en Italie, où il avait sa maison. Ceux qui l'ont rencontré se souviennent d'un homme patient et agréable, fasciné par la nature et les dauphins avec lesquels il communiquait.

Afin de devenir un homo delphinus, ainsi qu'il se définissait lui-même, Jacques Mayol a repoussé ses limites physiques et mentales au delà d'un point que peu après lui ont atteint.