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IMG_2423Le mois dernier, j'ai rencontré la fille de l'ancien consul général de France à Shanghai Jacques Meyrier, Jacqueline Meyrier (ci-contre), agée aujourd'hui de 90 ans. Lors de cet échange extraordinaire avec le petit groupe des amateurs du vieux Shanghai, Jacqueline Meyrier a indiqué que lorsqu'elle était enfant, elle a rencontré Maryse Hilsz, une aviatrice célèbre, lors de son passage à Shanghai sur le raid Paris-Tokyo. Comme je n'avais jamais entendu parler d'elle, j'ai tout bonnement tapé son nom sur Google pour en savoir plus sur ce personnage ainsi que les événements décrits par Jacqueline.

L'histoire de Maryse Hilsz

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Née en 1901, Maryse Hilsz fait partie de ces femmes qui ont fait la une des journaux dans les années 1920 et 1930 en participant à des raids aériens. Parmi elles, figurent également Hélène Boucher et Maryse Bastié. A cette époque, le choix des sports mécaniques par des femmes était un signal fort envoyé au monde masculin dans la quête de l'indépendance féminine. Hélène Boucher, par exemple, s'est impliquée dans le combat pour le droit de vote des femmes. Du fait que pendant la Première Guerre Mondiale, de nombreuses femmes ont travaillé dans les usines pour remplacer les hommes partis combattre, celles-ci ont rapidement pris le contrôle de leurs destinées. Pendant les "Années Folles" également, le vent de modernité symbolisé par l'Art-Deco en architecture ou le Surréalisme en peinture ont fourni un environnement propice aux femmes pour réaliser leurs ambitions. Maryse Hilsz a commencé par sauter en parachute en 1924, avant de passer sa licence de pilote en 1930. En 1932, elle battra le record féminin d'altitude avec 10 200 mètres. Consciente des risques de son métier, elle choisit de ne pas se marier avec André Sahel, un autre pilote de ces années. Celui-ci périra en 1934 lors d'un vol d'essai, confirmant tragiquement ce choix. Maryse Hilsz continuera de piloter, remportant en 1935 et 1936 la Coupe Hélène Boucher entre Paris et Cannes. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle rejoindra la Résistance et rentrera ensuite dans l'Armée Française. Elle créera les premiers bataillons français de femmes pilotes, sur le même modèle que l'URSS. En 1946, elle meurt dans le crash de son avion.

IMG_2451La petite fille et l'aviatrice

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En 1933, Maryse Hilsz entreprend un raid entre Paris et Tokyo qui durera environ deux semaines. Les escales sont nombreuses et le 14 avril, l'une d'elles est à Shanghai, entre Hanoï et Seoul. Afin d'en savoir plus sur le séjour shanghaïen de l'aviatrice, je me suis rendu à la Biblioteca Zikawei pour retrouver les journaux français de l'époque. Bingo! Le Journal de Shanghai du 15 avril 1933 relate en détail cet épisode. En première page, il y a une photo d'un groupe autour de la sportive. En lisant la légende, je découvre alors que les personnes en photo sont précisément Jacques Meyrier, le père de Jacqueline, sa maman Edmée Meyrier et elle-même à l'âge de six ans! Si l'on remarque les yeux grands ouverts de la petite fille sur ce cliché et celui ci-dessous, on comprend alors que cette femme arrivée du ciel aux commandes de son Farman F-291 bleu (ci-dessus) a pu imprimer son souvenir jusqu'à aujourd'hui. 

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Le journaliste décrit l'aéroport de Hongqiao comme un terrain en herbe, couvert de boue en ce jour de fine pluie, une image bien différente de celle du hub international d'aujourd'hui, connecté aux trains à grande vitesse et au système de métro de la Ville de Shanghai. Il écrit ensuite que Maryse Hilsz se change dès la descente de son avion, devenant alors la "Femme élégante à l'accent parisien ui manque tant à la colonie française de Shanghai". Cette description montre à quel point les femmes de l'époque, quels que soient leurs exploits, doivent faire la preuve de leur féminité pour rassurer ce monde de mâles. La remarque sur l'accent est aussi intéressante quand on sait que les Français de la Concession n'étaient pas plus de 2500 au milieu d'un Shanghai très britannique (10 000 Anglais environ). La métropole évoque donc ces racines qu'il n'est pas aisé de garder. Ajoutons le temps de tarjet en bateau de un mois environ et l'on comprend que peu étaient ceux qui se rendaient en France régulièrement. Enfin, l'article explique dans le détail le protocole de réception des hôtes de la Concession: Un passage au Consulat, une conférence à l'Alliance Française située dans le College Municipal Français et finalement une soirée au  Cercle Sportif Français. Un vrai goût de la vie de la Concession Française! Je remercie à nouveau le Consulat Français de Shanghai d'avoir permis cette rencontre avec une dame de 90 ans dont les souvenirs de petite fille ont fait ressurgir le Shanghai des années 1930.

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