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FullSizeRenderParmi les clichés célèbres qui symbolisent la rencontre entre la Chine et l'Occident figure ce double portrait d'un homme fumant la pipe avec un officiel de la dynastie Qing. Son regard est bienveillant tandis que son interlocuteur adresse un sourire au photographe. Il s'agit d'Arnold Vissière, interprète français et Luo Fenglu, le chef de la diplomatie de Li Hong Zhang, l'un des ministres les plus infuents de l'Empire. Aussi lorsque le consul a transmis l'email de Thomas Carpentier, un jeune homme se disant l'arrière-petit-neveu de Arnorld Vissière sur les traces de son ancêtre, notre petit groupe de passionnés du vieux Shanghai s'est empréssé de proposer son aide.

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Né en 1858, Arnorld Vissière fait partie de ce petit groupe d'interprètes diplomates qui ont accompagné la présence française en Chine à la fin du dix-neuvième siècle. Sa grande connaissance de la langue et de la culture chinoises sont appréciées au point que le ministre des affaires étrangères de l'époque lui refusera longtemps de rentrer en France, pour être certain qu'il participe bien aux négociations de paix en cours avec la Chine. Le métier d'interprète à l'époque est loin d'être codifié. Malgré l'existence de premiers dictionnaires comme le Ricci ou de méthodes comme Wade-Gilles, la langue des diplomates fait en effet appel à des notions subtiles que seules un travail de longue haleine permet d'appréhender. Contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs qui ont parfois choisi l'interprétariat comme une voie détournée de faire une carrière dans la diplomatie (Kleczkowski par exemple ne parle pas un mot de Chinois lorsqu'il postule pour ce poste!), Arnorld Vissière est sincèrement amoureux de cette langue qu'il étudie d'abord seul dès l'age de quinze ans à la bibiliothèque du Havre, avant de suivre avec succès ses études à l'Ecole Nationale des Langues Orientales, l'ancêtre de l'INALCO!

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En 1880, il est nommé à la légation du Brésil de Pékin, détaché du Ministère Français des Affaires Etrangères, puis deux ans plus tard, interprète de la légation française. Très vite, il est associé à la résolution de conflits, car même si l'Angleterre a remporté la Guerre de l'Opium, permettant aux étrangers de s'installer en Chine, l'agitation perpétuelle et les différents pour le contrôle des dominations chinoises comme la Corée ou l'Indochine fragilisent leur présence. Vissière participe aux négociations de paix qui suivent la guerre sino-française en Indochine de 1881-1885 et aboutissent au Traité de Tianjin. Il se liera à cette occasion avec Li Hongzhang, comme l'avait déjà fait Chinese Gordon.

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Pour toutes ces raisons, il devient rapidement indispensable aux intérêts français. De nombreux visiteurs en Chine de l'époque font l'éloge de ses talents de linguistes, de sa grande connaissance des usages locaux et de ses relations parmi les officiels chinois. Plusieurs documents chinois citent aussi son nom acr il est très appréciés par eux. Dans les documents amenés par Thomas Carpentier lors de notre rencontre figure le certificat de naissance de Henri, le fils d'Arnold Vissière à Shanghai en 1892. Le nom de sa femme Marie y est aussi mentionné. Il est propable qu'ils se soient rencontrés à la fin des années 1880 ou début des années 1890, à l'occasion d'un retour en France après la signature du traité de Tianjin. Il réside alors à Shanghai, chargé de la gérance du consulat français, et habite probablement non loin de la Rue du Consulat (Jingling Road aujourd'hui), entre la vieille ville et la rivière Yangqingbang (Yan An Elevated Road aujourd'hui), proche du Quai de France. En 1889, il rentre définitivement en France avec sa famille, le besoin d'interprètes qualifiés étant moins justifié du fait de l'apprentissage des langues par les personels diplomatiques chinois. A partir de ce moment, il se consacre à la sinologie, spécialiste des limites de l'Empire, devenant notamment le professeur de l'explorateur Victor Segalen. Il meurt à Paris en 1930.

Quand nous avons rencontré Thomas, nous avons constaté qu'il aimait aussi la Chine, son amie étant originaire du Sichuan. C'est peut-être le signe d'un lien profond et inconscient entre ce pays et sa famille.