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7A4F0F49-73E9-4106-B1B4-ED772563CA35Quand j'ai reçu un email de James McCabe demandant mon aide pour tracer sa famille lors de sa visite avec son fils Andrew à Shanghai, j'ai accepté.

James est un Américain de Santa Fe, Nouveau Mexique, mais sa famille, d'origine Portuguaise, a habité Shanghai depuis les années 1880 jusqu'en 1949. Je savais déjà que de nombreux  Portuguais originaires de Macao avaient élu domicile à Hongkew à la fin du 19ème siècle, profitant de l'ouverture de Shanghai au commerce. On estime leur nombre à environ 1300 au début du 20ème siècle, rapidement dépassés par l'afflux massif d'émigrants Japonais dans cette partie de la ville. Je savais aussi que le Père Jacquinot, ce prêtre Français connu pour avoir sauvé des milliers de vies chinoises en créant la première zone de réfugiés lors de la l'invasion japonaise de 1937, officiait à la tête de la paroisse du Sacré Coeur entre 1914 et 1924. Sa signature figure sur de nombreux certificats de baptème de Portuguais du Shanghai de l'époque. Cependant, c'est la première fois que je rentre en contact avec des descendants de cette communauté.

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Le grand-père de James, Carlos Lubeck, a été baptisé dans cette même paroisse de Hongkew le 8 Septembre 1892. Son père, Henrique Lubeck, est né à Macao d'un marin Suédois qui décédera lors d'un typhon et sera par la suite élevé dans une famille portuguaise. I arrivera à Shanghai en 1880 après un premier passage à Hong Kong où il se mariera. Carlos rentre en 1914 à la Compagnie Française de Tramway et d'Eclairage Électriques de Shanghai, la plus grande compagnie française d'Extrême Orient de l'époque. La société emploie 40 Français, 15 Russes, à peu près le même nombre de Portuguais et près de 1700 Chinois affectés aux opérations du le terrain. Le réseau de tramways couvre 25 kilomètres et la compagnie gère aussi les centrales électriques et la distribution d'eau de la Concession Française. En l'espace de dix ans, Carlos ne cessera de prendre des responsabilités jusqu'à devenir directeur du Secrétariat de la Compagnie. En 1922, la famille s'installe déjà dans la partie la plus huppée de la Concession, se faisant alors construire une grande villa route Kaufman par le célèbre architecte Paul Veysseyre (devenue aujourd'hui le bar Cotton's au 132 Anting road).

La vie dans la Concession Française 

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Carlos s'est marié à deux reprises, la première fois avec Lucy Zi puis avec Yang Te-Di, la grand-mère de James, après que Lucy ne meurt de la typhoide. Sa famille comptait en tout quatre fils et six filles dont Dympna, la mère de James (deuxième à gauche sur la photo). Les mariages mixtes n'étant pas très répandus à l'époque, les familles de Carlos et de Te-Di ont longtemps hésité avant de donner leurs accords. Cependant, le fait qu'ils soient tous deux de religion catholique et la situation professionnelle de Carlos ont eu raison de ces hésitations. Ce dernier a tout de même jugé utile de demander leur avis à ses collègues, indiquant l'état d'esprit de l'époque. Dympna naitra en Septembre 1937 à l'Hopital Sainte Marie (aujourd'hui dans l'Hopital Ruijin sur la photo prise avec James ci-dessous), en pleine bataille de Shanghai!

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Un mois auparavant, une bombe larguée est tombée sur la rue de Nanking et une autre devant le Great World, faisait 2000 victimes! C'est à cette période que l'une des filles ainées de Carlos, inspirée par le Père Jacquinot, décide de devenir nonne. Elle rejoint en 1940 les Soeurs de Notre-Dame de Lorette aux Etats Unis, ce qui permettra plus tard à la famille de quitter la Chine. En 1949, en effet, c'est grâce à son intervention qu'ils s'installeront à Denver pour y refaire leur vie. Dans cette ville, la maman de James rencontrera, Bill McCabe, un descendant des pionniers Américains. Ses souvenirs d'enfant se partagent donc entre la culture chinoise de sa grand-mère Te-Di et les histoires de cowboys de son père.

Travail de mémoire

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Notre première visite fut pour la maison de la rue Anting (première photo), que nous avons pu visiter entièrement, profitant des travaux. La disposition des pièces est restée identique aux plans originaux de Veysseyre et nous avons même eu la surprise de retrouver la couleur crème d'origine sur les montants des portes côté cuisine. La recherche des bureaux de la compagnie des tramways s'est avérée plus difficile. Je ne disposais en effet que de cartes et d'annuaires antérieurs à 1935. A cette époque, le dépot des tramways est mentionné à un endroit qui est devenu le parking actuel des bus de la ville! La lumière est venue en comparant une photo prise par Henri Cordier (deuxième), un ingénieur en poste entre 1946 et 1951, avec le batiment situé au croisement de la route surélevée Nord-Sud et la rue Jiangguo. J'ai en effet reconnu le batiment Art Deco au travers des platanes. Il s'agit désormais d'une école, l'immeuble datant probablement de 1935 juste après la publication de ma carte. Encouragé par cette trouvaille, j'ai aussi consulté les photos aériennes de 1948 et pu localiser l'église et l'école du Sacré Coeur à Hongkew (deux dernières photos).

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Contrairement à ce que je pensais, ces batiments n'ont pas disparu pendant la guerre sino-japonaise ou encore plus probablement lors de la modernisation du quartier. L'église est toujours en activité et l'école est aujourd'hui utilisée par les enfants Chinois. Nous nous sommes aperçu, en consultant les dates des offices que le lendemain corresponant jour pour jour au 125ème anniversaire du baptème de Carlos à cet endroit. Cet nouvelle est venue comme un signe divin, pris très au sérieux par mes visiteurs. Nous vîment ensuite l'église St Joseph, près de la rue Jingling, où les grands-parents de James se sont mariés et la cathédrale de Dongjiadu où fut baptisée Te-Di. Ce secteur du Sud de la ville était connu pour la communauté chrétienne chinoise souvent employée dans l'industrie fluviale. Les parents de Te-Di venaient précisément de Wuxi et possédaient plusieurs bateaux. Du quartier original il ne reste pratiquement plus rien!

Plus tard, James m'a expliqué que l'Ouest permet de posséder la terre que l'on cultive, donnant un sentiment d'ancrage fort. Shanghai pourtant se rappelle à la mémoire de ses enfants lointains!

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