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3673F031-4631-4754-977B-4C0FA4751F35C’est à la saison des typhons que l’on comprend l‘intérêt de l’architecture traditionnelle de Hong Kong et en particulier des terrasses en surplomb, créées dans les années 50 pour faire face à la crise du logement. Ces bâtiments, popularisées par les classiques de Wong Kar Wai ou les vieux films de gangsters, rappellent un peu nos maisons du Moyen-âge, qui permettaient aussi de s’abriter de la pluie (sauf que celle-ci était souvent d'origine humaine, en l’occurrence les seaux d’ordures et excréments). Or ces constructions empiriques font place aujourd’hui à des immeubles plus standards, en général cubiques, mais qui exposent du coup les passants aux intempéries. Seul le réseau complexe des souterrains et passerelles couvertes, évite encore aux employés de bureaux et autres working girls de se présenter au travail trempés jusqu’aux os!

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Cette évolution importante du paysage urbain a conduit des nostalgiques à se lancer dans la reproduction de bâtiments anciens pour certains déjà disparus. J’ai eu la chance de rencontrer deux de ces passionnés, Tony et Maggie (vidéo), qui s’évertuent à reconstituer la vie d’autrefois jusqu'aux moindres détails. Après plusieurs tentatives infructueuses pour les joindre par e-mail et par téléphone, je me décide à aller sur place, pensant trouver une galerie d’exposition. En fait c’est dans un ancien immeuble industriel proche de Kai Tak, reconverti en espace pour jeunes entreprises que je les ai rencontrés. Après avoir hésité à me recevoir, évoquant une réunion imminente, et voyant mon intérêt manisfeste, ils finissent par m’admettre dans leur caverne d'Ali Baba. Là, un monde s'offre à mes yeux fait de maquettes de vieux pawn-shop ou de villages de squatters comme ceux qui tapissaient les collines dans les années 50.

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Les deux artistes attirent alors mon attention sur les détails de leurs reproductions, les plats servis dans les étals de rue et surtout l'électroménager miniature incluant télévision (vidéo) et tourne-disques (vidéo), diffusant des émissions et des chansons d’époque! La réalisation d'un modèle de batiment représente environ deux mois de travail et se base sur des recherches de terrains, témoignages et archives photographiques, tout ceci, expliquent nos deux créateurs, pour "transmettre la mémoire de Hong Kong aux jeunes générations". Parmi les scènes représentées, je suis spécialement tombé sous le charme des restaurants de thé ("cha chaan teng"), où l’on distingue jusqu’à la marque de lait concentré ainsi que les fauteuils à pédales des échoppes de barbiers shanghaiens du quartier de North Point. Bien que leurs nombreuses oeuvres soient documentées dans les catalogues d'exposition ou sur les réseaux sociaux, seules quelques pièces sont encore visibles dans l'atelier, car les maquettes animées rencontrent un grand succès auprès des acheteurs. Après ma publication des vidéos de ma visite sur Facebook, j'ai été surpris par les multiples demandes de connection émanants des petits commerçants du quartier, amis de Tony et Maggie (ci-dessous) et visiblement touchés par mon intérêt pour leur travail de préservation de la mémoire populaire.

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Suivant cette rencontre, je me suis aperçu que d’autres passionnés, en général très jeunes, s’étaient aussi lancés dans l’aventure de la reproduction du vieux Hong Kong. C'est le cas de la marque Tiny qui propose, en série cette fois, des dioramas comprenant garages traditionnels, anciens immeubles, postes de police, etc... tous issus du Hong Kong d'avant les destructions (ci-dessous). La moyenne d’âge de l’équipe dirigeante n'y dépasse apparemment pas les trente ans! L’industrie du jouet en plastique est une spécialité de Hong Kong dont ces jeunes entrepreneurs sont en fin de compte les héritiers. Souvenons-nous en effet que c’est par la confection de fleurs en plastique qu'a commencé le rebond économique des années 60, suivie par la fabrication de jouets (le célèbre "G.I. Joe" est alors produit dans les usines de Li Ka-shing qui est devenu depuis l'homme le plus riche du territoire). Encore aujourd'hui, la foire internationale du jouet de Hong Kong est la plus grande d'Asie!

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Les miniatures de scènes de vie quotidienne, intérieurs familiaux ou encore véhicules du Hong Kong d'autrefois investissent désormais les magasins de proximité, les sites de vente en ligne ou l'excellente boutique du Musée d'Histoire et rencontrent manifestement un grand succès. J’ai eu l'occasion de vérifer cette attrait des hongkongais pour leur passé, lorsque mon ami et répétiteur de Cantonais, né à Yau Ma Tei, m'a parlé du groupe Facebook de vieilles photos auquel il participe activement. En me connectant, j'ai eu la surprise de voir que plus de 14000 personnes y étaient abonnées, pour l'essentiel d'origine chinoise. J'ai décidé alors de tester le dynamisme de ce groupe en postant moi-même un cliché des Beatles à Kai Tak en 1964. En moins d’une nuit, cette simple photo a déchaîné une véritable folie, cumulant près de 150 "likes" et 60 "comments"!

L'engouement de Hong Kong pour documenter son passé semble un phénomène nouveau, signe d'une volonté de préserver une culture ressentie comme menacée par les changements économiques récents.

Références 

  • Artists bring Hong Kong's past to life in miniatures, de Arthur Tam, article pour CNN Hong Kong 28/6/2017
  • Hong Kong Corner Houses 街頭街尾,  de Michael Wolf, Hong Kong University Press, 2010
  • Diamond Hill, memories of growing up in a Hong Kong squatter village, de Feng Chi-shun, Blacksmith 2010
  • The rags-to-riches story of Li Ka-shing, Asia's richest man, de Mike Bird, Business Insider du 25/3/2015
  • Hong Kong Museum of History, collections permanentes et boutique du musée
  • Hong Kong in the 60s, groupe Facebook animé par Jonathan Ho