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8251A5A6-89C7-4BCE-AA81-6759B1792C7AC’est en se promenant vers les magnifiques réservoirs de Tim Tam sur l’île de Hong kong qu’on se rend compte à quel point la gestion de l’eau a toujours été une question clé pour le territoire. Composé de barrages et de ponts, cet ensemble de quatre bassins qui s’étend sur les hauteurs de Stanley remonte à l’époque victorienne. Le réservoir supérieur date de 1889 tandis que le bassin inférieur ne fut inauguré qu’en 1918. C’est alors le plus grand réservoir de l’île, destiné à compléter l’approvisionnement de la ville de Victoria après que celle-ci ait commencé à se développer à la fin du 19ème siècle.

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Lorsque les anglais ont pris possession de l’île en 1841, le problème de l’eau s’est posé. Il semble même que le nom de Hong Kong, "le port parfumé", soit lié à la présence exceptionnelle de la cascade au dessus de Pokfulam, qui aurait favorisé à cet endroit une végétation abondante dont la fameuse bauhinia, la fleur qui sert d’emblème au territoire, tandis que le reste des montagnes de l’île sont alors dépourvues d’arbres. Ce n’est qu’une des explications, l’autre étant celle du commerce traditionnel de l’encens dans le port actuel d’Aberdeen. C’est en tous les cas à Pokfulam que les Européens décident de construire le premier réservoir d’eau douce en 1863. Quand les Nouveaux Territoires sont adjoints à Hong Kong en 1898, d’autres rivières permettent l’approvisionner en eau douce, stabilisant pour un temps la situation. 

Les années sèches 

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Même si deux épisodes de sécheresse sont à noter en 1902 et 1929, c’est à partir de 1950 quand la population réfugiée de Chine afflue dans la colonie, que les besoins en eau vont se faire plus pressants. Dans son livre de souvenirs situés entre 1952 et 1964, Martin Booth parle des rationnements qui conduisent en été à remplir les baignoires et autres récipients disponibles lors des rares périodes où les robinets fonctionnent. Il est alors d’usage, écrit-il, d’aller se rafraîchir et faire sa toilette sur les plages de Repulse Bay ou de Shek O. Lors de ces journées d’hygiène de milieu de semaine appelées "sweat ‘n swim days", les bureaux ferment plus tôt pour permettre aux employés d’arriver sur place avant la nuit. 

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Le point culminant des difficultés vient entre juin 1963 et juin 1964 avec une sécheresse exceptionnelle suivie heureusement par le typhon Ruby. Certains quartiers n’ont à ce moment de l’eau que quatre heures tous les quatre jours! Enfin, du fait de l’installation de nombreux villages de tôles sur les collines, beaucoup d’habitants n’ont tout simplement pas l’eau courante et doivent aller se ravitailler en contrebas. Dans les immeubles rehaussés de Kowloon, la pression trop faible lors des heures de fonctionnement des robinets fait souvent que l’eau ne parvient pas jusqu’aux étages élevés. Les files de bidons alignés devant les robinets publics font donc partie de la mémoire collective des Hongkongais qui ont grandi dans ces années. Ce n’est qu’en 1982 que le dernier épisode de rationnement aura lieu avec 16 heures par jour de fonctionnement! 

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Dans Kowloon City, l’accès à l'eau restera longtemps un problème, du fait de la surpopulation de ce quartier à l’histoire unique, comptant 50000 personnes en 1990. Lors de la cession des Nouveaux Territoires, la "walled city" reste en effet administrée par l'Empire Chinois et se retrouve en dehors de la juridiction britannique après la prise de pouvoir communiste de 1949. Aucune police n’y est alors exercée si ce n’est celle des gangsters et des triades. Profitant de l’absence de réglementation, de nombreux réfugiés s'installent dans ce village vertical où ne pénètre que difficilement la lumière, pour y exercer des petits métiers mais ne disposent que de quatre robinets répartis sur les 14 étages de ce labyrinthe de béton!

La fin des restrictions 

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Dans les années 60, on décide d’acheter à la Chine cette eau si précieuse dont la colonie a besoin. Malgré les divergences politiques, la Chine communiste y trouve un moyen de s’approvisionner en devises ainsi qu’un argument de poids dans ses relations avec le territoire, même si "l’arme de l’eau" ne sera jamais utilisée. C’est dans la rivière Dong qu’est pompée l’eau douce, ensuite acheminée dans le bassin de Shenzhen lui-même relié à Hong Kong par un pipe-line. Entre 1979 et 1991, c’est près de 4 milliards de Hong Kong dollars qui sont versés à la Chine (500 Millions de dollars US au cours de l’époque) et encore aujourd’hui, 70% de l’approvisionnement de Hong Kong se fait par ce biais. De même, des travaux pharaoniques comme la fermeture de baies entières comme à Shek Pik au Sud de Lantau en 1963 ou Plover Cove en 1968 (ci-dessous), véritable mer intérieure au Nord de Saikung, réduisent encore le déficit chronique en eau du territoire.

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Parallèlement une gestion innovante des circuits d’eau urbains permet d’utiliser de l’eau de mer pour les toilettes dans les nouveaux bâtiments, soit 68% des habitations actuellement, la construction de la plomberie en double étant rendue gratuite par le gouvernement. Grâce à ces aménagements, plus besoin de se rendre à la plage pour se laver ou de faire des allers et retours avec des palans et bidons d’eau comme dans les années 60. Ces images de pénurie resteront pour toujours part de la mémoire de Hong Kong. A l'heure du réchauffement, climatique, il serait bon, nous aussi, de nous en souvenir!

Références:

  • Hong Kong stories: 1960s, original vintage prints by Yau Leung, Blindspot Gallery Aberdeen, nov 2017
  • Gweilo, Memoirs of a Hong Kong Childhood, par Martin Booth, Bantham Publishers 2004
  • Hong Kong Museum of History, Kowloon, photos et collections permanentes deuxième étage
  • Hot & thirsty: the struggle to supply Hong Kong with drinking water, article de blog de David Bellis, 6/6/2018
  • History of Hong Kong Typhoons from 1874, par Michael J.Jones, PPP Company Limited 2017
  • City of Darkness: Life in Kowloon walled city, Greg Girard et Ian Lambot, watermark Publications, 2014
  • Hong Kong Annual Reports, Public Utilities/Waterworks, Water Supplies Department of Hong Kong