English version

DC7E244E-6B7E-41D7-98B5-58E5AD22B601L’histoire de Hong Kong est depuis des siècles liée à celle de la piraterie. En effet depuis toujours, la proximité de la Rivière des Perles et des échanges commerciaux le long des côtes du Sud de la Chine combinée aux nombreuses baies et îles constituant des abris naturels et cachettes pour les pirates, ont favorisé son essor. Son apogée est, somme toute, assez récente avec l’émergence de personnages aussi exceptionnels que hauts en couleurs, sans doute dû au fait que les présences portugaise, hollandaise puis anglaise dans la région ont encore accru les possibilités d'attaques et de saisie de cargaisons de valeur. Entre réalité et légendes, voici quelques unes des histoires des pirates de Hong Kong.

La Flotte du Drapeau Rouge

85BB16E1-88B8-4FC0-A0AC-C26065F0FC02

La plus grande flotte jamais rassemblée par un pirate est sans nul doute celle de Zheng Yi (1765-1807), qui regroupait à son apogée 70000 pirates et 600 navires, grâce à un réseau d'alliances entre les pirates de la région de Hong Kong et de Canton. Cette armada, nommée "Flotte du Drapeau Rouge", étaient le plus souvent ancrée dans Junk Bay, juste à l’Est de l’actuel Victoria Harbour. Difficile aujourd'hui d'imaginer une pareille flotte alors que cette baie est en grande partie comblée par les “reclamations” de Tseung Kwan O! A la tête de son armée de pirates, Zheng Yi a joué un rôle déterminant dans la conquête du Vietnam par la Chine au début du 19ème siècle. C’est d’ailleurs dans ce pays qu’il périt, dans un typhon selon certains, assassiné selon d'autres.

4BF23DAE-BD42-475C-94AA-7D2BA66A480C

La jonque de guerre est le bateau préféré des pirates chinois. Le plus souvent de petite taille avec une ou deux voiles en nattes tressées et armature de bambou, elle est très manœuvrable. La voile en forme d’aile de papillon est quasiment indestructible, les boulets passant au travers sans en altérer la structure, du fait de la rigidité apportée par les lates. Une jonque pouvait surgir à tout moment de derrière une île, afin de couper la route à des navires de fort tonnage ou encore virer serré pour éviter un tir et faire feu de l’autre bord. Huit à douze canons garnissaient ses flancs.

La reine des pirates

E8477249-5A88-4879-BDFC-6F14D423A0AB

C'est une femme, Ching Shih (1775-1844, première illustration) qui finalement réussit le mieux. Ancienne prostituée de Canton réputée pour ses intrigues, elle épouse Zhen Yi en scellant une sorte de pacte où le réseau de l’une est combiné à la puissance de l’autre. A la mort du pirate, Ching Shih prend le contrôle de la flotte avec l’aide de son fils adoptif Cheung Po Tsai. Instituant un code de la piraterie par lequel tout refus d’obéissance ou rapine non approuvée est puni de mort par décapitation et rejet du corps en mer, elle contrôle la Mer de Chine, allant jusqu'à racketter le gouvernement impérial contre sa protection. En 1810, elle signe un traité par lequel elle renonce à la piraterie avec l’assurance de conserver tous les biens dérobés et obtient même un titre de noblesse. Prenant sa retraite officielle à trente-cinq ans seulement, elle continue à mener ses affaires comme patronne de bordel et de maison de jeu et meurt dans son lit à l’âge de 69 ans!

66BFC0A3-1851-4350-97B9-90C623BB2A9D

Dans les années 1920, une autre femme s'illustre dans la piraterie, originaire de Macao et répondant au nom de Lai Choi San. Elle aurait commandé une flotte de 12 jonques et mené la double vie de pirate et de protectrice des bateaux de commerce. Ce personnage a inspiré une bande dessinée “Terry and the Pirates“ en 1934, puis un film en 1940 (vidéo) dans lequel le rôle de "Dragon Lady" est joué par Sheila Darcy (ci-dessus). La dualité du personnage est accentuée par une mise en scène où une une vamp habillée de soie à la ville devient combattante impitoyable une fois en mer. La réalité est moins glamour ainsi que montre la photo jointe de la vraie Lai Choi San entourée de ses gardes (ci-contre deuxième à droite).

Rapts et contrebande

322E7920-FAF2-43AC-B453-8E7BF780E65C

Le 29 janvier 1935 un incident fait grand bruit quand des pirates s’emparent du SS Tungchow et capturent 70 enfants de missionnaires anglais et leurs professeurs, tuant à l'occasion un des gardes russes chargés de la protection. Le fait de s’en prendre à des enfants choque l’opinion et on va mettre tout en branle pour récupérer les jeunes prisonniers. Ils seront localisés neuf jours plus tard à Daya Bay, un repère traditionnel de pirates. Les ravisseurs décampent au passage de l'avion de reconnaissance et les enfants seront escortés jusqu'à Hong Kong. Suite à cet événement, la chasse aux pirates sera encore intensifée. Enfin en 2000,  "Sister Ping" alias Cheng Chui Ping, est arrêtée à Hong Kong pour piraterie après s’est livrée pendant plus de vingt ans à la contrebande et au traffic de migrants chinois vers les Etats-Unis. A sa mort en 2014, des milliers de personnes suivent son cortège dans les rues de Manhattan, parlant alors d’elle comme d’un "Robin des Bois des temps modernes". Certaines légendes ont la vie dure!

Références:

  • I Sailed with Chinese Pirates, de Aleko E. Lilius, publié pour la première fois Appleton and Co, 1931
  • Terry and the Pirates, par Milton Caniff, bande dessinée hebdomadaire Chicago Tribune, Déc 1934
  • Hong Kong the Pirate Capital, article en trois volets de Ryan Kilpatrick pour le site Zolima, Oct 2017
  • The Chinese female pirate who commanded 80000 outlaws, Urvija Banerji, 6 avril 2016, Atlas Obscura
  • The Hong Kong Maritime Museum permanent collections, Victoria Harbour, Central Pier 4, Etage 1
  • Hong Kong, the Island of Thieves, and the pirates who ruled the South China Sea, Doris Wai, 2018