Le Corbusier à Shanghai?
Lors d'un voyage récent en Inde, j'ai été très impressionné par la ville de Chandigarh, que les Indiens décrivent comme l'une des villes les plus agréables du pays
Ce constat ne va pas pourtant pas de soi vu que Chandigargh est une ville en béton, construite par l'architecte très controversé Le Corbusier pour être la capitale du nouvel état du Penjab après la partition de l'Inde. En comparaison des autres villes d'Inde, cependant, le traffic y est fluide et l'on a nul part le sentiment d'être assaillie par la foule. De même, Chandigargh est très verte et c'est à peine si l'on voit les maisons au milieu des rues arrborées. En fait, la ville a été pensée dans ce sens, prévoyant des "allées vertes" (voir ci-dessous) permettant de la traverser et même un bureau pour gérer les espèces végétales sur 50 ans, les arbres devant être plus haut que les habitations.
Lorsque l'on se promène dans les zones habitées, on est surpris par le calme, peu habituel en Inde, qui règne dans les parties résidentielle (troisème photo). Ces quartiers à taille humaine tranchent avec l'image que l'on se fait habituellement de l'architecture Corbuséenne. L'architecte a en effet prévu "sept catégories de routes", allant des avenues aux chemins viscinaux, afin de concentrer les voitures sur les axes les plus importants. La ville est quadrillées en "zones", plus petites que les "blocks" des villes américaines et surtout aménagées pour comprendre cafés, alimentation et services administratifs. Le Corbusier est souvent cité pour son amour imodéré des lignes droites ou encore ses sympathies politiques fascisantes. Pourtant, Chandigargh est tout sauf une ville inhumaine!
La vision même de la ville par le Corbusier est celle d'un corps humain avec tête, coeur et membres. L'autre grande théorie de l'architecte est celle de l'utilisation de la taille humaine pour mesurer toute chose, le célèbre "Modulor" (voir sur première photo). La "tête" de Chandigargh, c'est son forum administratif, son coeur c'est le marché, ses membres sont des avenues qui conduisent à des parcs ou des hubs de transport. Ce choix pour le tête est lié à l'histoire de la ville, capitale régionale, ainsi que le rêve de Le Corbusier d'une "Acropole moderne". Le marché correspond à la priorité pour l'Inde Indépendante d'assurer ses besoins alimentaires. Quant aux membres, ils appellent aux échanges avec le reste du pays.
Quel parrallèle avec la ville de Shanghai?
Tout d'abord, Shanghai est, tout comme Chandigargh, une ville très humaine, en tous les cas telle que redessinée par les urbanistes de l'Expo Universelle de 2010. Ainsi, les routes surélevées permettent de capter la majeure partie du traffic. Aujourd'hui, il est possible de marcher ou faire du vélo dans certaines parties de Shanghai sans pratiquement rencontrer de voiture. Même si le Shanghai d'hier était bruyant et les rues encombrées, la ville actuelle se rapproche plus de la vision de Le Corbusier. L'autre point commun est que les deux villes ont été crées sur à partir de rien ou presque, permettant l'émergence de nouveau concepts architecturaux.
Le meilleur exemple est le "lilong", très proche en vérité de l'idée de "secteur". A l'intérieur d'un lilong, on trouve en effet presque tous les services de proximité: alimentation, coiffeur, police, lavarie, etc...Bien que le but initial des lilongs soit la sécurité des habitants, il a fallu penser à assurer les besoins de ceux-ci, pour un nombre important de résidents. Lorsque vous passez dans un lilong, le traffic automobile est quasi inexistant, permettant calme et vie de voisinage. Mais qu'en est-il du "corps de Shanghai"? La "tête" de Shanghai dans les années 30, c'est le Bund, centre nevralgique basé sur le commerce: l'opium, puis les banques, les assurances et l'immobilier.
Ceci est caractéritique du projet colonial de la ville, permettant aux puissances dominantes d'assurer des revenus substantiels et réguliers. Et le "coeur" alors? C'est la Place du Peuple actuelle, en fait l'ancien Champ de Course et secteur des maisons de jeu (voir photo du Champs de Course et des lilongs avoisinants dans les années 40). C'est le symbole de "Shanghai, l'enfer du jeu" et du côté superficiel que la ville a gardé comme une part de son identité, le fameux "haipai". Et les membres me direz-vous? Eh bien ce sont d'un côté l'Ancienne Concession Française, base du traffic d'opium dans les années 20 et 30 et de l'autre la Rivière Suzhou et son passé industriel, les deux vrais moteurs de la richesse de Shanghai dans ces années! En conclusion, lorsque je regarde la skyline arborée de l'Ancienne Concession Française (au dessus) ou encore les nouveaux espaces verts de Shanghai, je crois vraiment que Le Corbusier aurait pu dessiner cette ville. Les villas ou les immeubles de trois étages du Shanghai historique correspondraient probablement aux critères définis par le "Molulor" (voir photo ci-contre prise à Fuxing Park)
La modernité est faite pour l'homme. Shanghai et Chandigargh en sont deux symboles forts!




