Shanghai nostalgia
Jeme demande parfois pourquoi j'aime tant Shanghai. La réponse à probablement quelque chose à voir avec la nostalgie. En effet, lorsque je veux comparer Shanghai avec d'autres villes, le nom qui me vient immediatement à l'esprit est Istanbul puis ensuite à Tbilissi, Budapest, Paris, Rome, Mumbai, Berlin, Qingdao, Harbin...enfin, la liste est longue! Toutes ces cités, bien que de loin plus petites que Shanghai pour certaines, ont ceci en commun qu'elles nous parlent d'histoire. Dans la plupart d'entre elles, les traces d'un passé, le plus souvent brillant, sont encore visibles aujourd'hui alors que la marche vers le futur est engagée. Je ne suis pas opposé au changement, loin de là, mais je préfère quand il s'accompagne d'une assimilation des sites culturels.
Lorsque qu'on lit l'essai d'Orhan Pamuk intitulé "Istanbul, mémoires d'une ville", on est frappé à quel point il évoque le "hüzün", mot Turc pouvant se traduire par "nostagie" ou "mélancholie". En fait cette notion se réfère aussi à la mémoire d'un passé glorieux. Il est vrai que lorsque l'on se promène dans le quartier de Yenikapi, au Sud du palais de Topkapi, on ressent la présence de cette gloire passée en regardant les "yalis", ces maisons de bois construites par les familles nobles. Pamuk dit que les Stambouliotes se sentent eux-mêmes investis de ce passé dont ils pensent qu'il ne reviendra jamais. Le mot "hüzün" vient de l'arabe et est utilisé dans le Coran pour parler de l'état d'esprit qui suit une période de grande ferveur intellectuelle. Cette connotation supplémentaire est probablement spécifique à Istanbul
A Budapest également, le passé semble faire partie intégrante de la vie quotidienne, lorsqu'on longe les batiments Art-Nouveau encore impactés par les combats de la Seconde Guerre Mondiale ou encore lorsqu'on va prendre un bain avec des amis dans les magnifiques Thermes Széchenyi construites en 1913 (photo gauche). Ces endroits sont des références fortes pour les habitants actuels de la ville en ceci qu'ils rappellent à tous la capacité de ce peuple de réaliser de grandes chose ainsi que de faire face dans les périodes diffciles de l'histoire. En même temps, ce passé amène de la beauté dans le quotidien des gens. Parmi les autres villes que j'ai visité récemment, Tbilissi, en Georgie, tient une place très particulière. Comme Budapest et Shanghai, la gestion communiste du pays a tenté pendant un temps d'éradiquer les traces culturelles de l'identité de la ville. Même le pays de Georgie n'existait plus dans le cadre de l'ancienne URSS. Les noms des rues libéllés en Russe étaient ceux de héros soviétiques. Quoi qu'il en soit, les Georgiens ont rapidement retrouvé les traces de leur passé et leur identité culturelle au moment du démetellement de l'Union Soviétique. Le Georgien est à nouveau la langue officielle et de nombreux monuments ont été remis en état.
Le Tbilissi d'aujourd'hui est une ville confiante et entreprenant, où le passé, le présent et le futur coexistent harmonieusement. Les vieilles rues et leurs caravansérails sont piétonnes, avec des cafés, du jazz en plein air, au pied de la forteresse Nariqala du 4ème siècle. A côté du plus vieux pont de la ville, où de nombreux Chrétiens ont été jetés à l'eau par les Turcs pour avoir refusés de se convertir à l'Islam, il y a désormais une passerelle en forme d'insecte géant! Aujourd'hui, "l'âme" de Tbilissi se trouve dans ses églises arméniennes ou georgiennes, ses synagogues et ses vieilles maisons de pierre mais aussi dans son mode de vie.
Pour revenir à Shanghai, je vois les changements rapides, pas toujours à mon goût, mais je reste excité par la vie dans un endroit où le passé est intégré dans le développement. Le Peace Hotel sur le Bund ou l'ancien Collège Municipal Français (première photo) rue Nanchang, par exemple, apportent cette touche de luxe passé dans l'environnement des nouveaux riches Shanghaiens. Les infrastructures de transport continuent de se développer pour le bien du plus grand nombre mais l'urbanisme préserve les merveilles culturelles existantes. Shanghai, tout comme les villes que j'ai évoquées précédemment sont des endroits exceptionnels où les nouvelles tendances et modes cohabitent avec un héritage culturel fort.
Apprécions donc ce sentiment fait du mélange de nostalgie et d'enthousiasme pour la modernité. Ainsi qu'un bon ami à moi qui se reconnaîtra certainement aime souvent à le dire "La nostalgie n'est plus ce qu'elle était"!


