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La scène jazz

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Beaucoup des lieux des années 30 existent toujours. Parmi ces lieux, celui qui incarne plus que tout autre l’histoire du jazz à Shanghai, c’est le Peace Hotel. Construit en 1928 par  le richissime Victor Sassoon, ce palace prestigieux vibre encore aujourd’hui au son du plus vieil orchestre de jazz du monde : Le “Peace Hotel Old Jazz Band”. Dans le film “As Time Goes By In Shanghai”, le saxophoniste du groupe Jibin Sun, aujourd’hui âgé de 80 ans et toujours alerte, raconte comment, jeune, il fréquentait les clubs de jazz américains autour de l’hippodrome (l’actuelle Place du Peuple). “C’était à l’époque, un moyen de séduire les filles”, dit-il avec malice en simulant les clins d’oeil qu’il adressait alors à ses conquêtes pendant les concerts. Pendant la Révolution Culturelle bien entendu, Mr Sun doit écouter en cachette ses morceaux préférés sur des cassettes. Ce n’est qu’après la mort de Mao qu’il pourra rejouer les classiques des années 40 comme “Ye Lai Xiang”! 

Pour les amateurs de jazz, la scène shanghaienne ne se limite pas, loin de là, au Peace Hotel et à ses reprises de classiques. Depuis maintenant plusieurs années, la génération montante de musiciens étrangers et chinois se retrouve pour jouer un jazz d’un tout nouveau genre sous l’influence de compositeurs locaux comme Alec Haavik. Les lieux réputés s’appellent JZ Club, Cotton ou House of Blues and Jazz. Ces clubs ne désemplissent pas les soirs de performance. C’est aussi lors du désormais incontournable Shanghai JZ Music Festival que se retrouve la fine fleur des nouveaux artistes de jazz shanghaiens.  

 

Rock indie

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Dans un autres style, le rock s’apprécie dans des salles telle le Mao Live House et sur d’autres scènes « indie » de la ville. Mais c’est probablement dans les bars que l’on peut retrouver, l’espace d’une jam session ou pour une formation éphémère, la tribu élargie des artistes aux talents divers qui animent les soirées shanghaiennes. Où ailleurs peut-on avoir une formation composée d’un chanteur mongol, d’un percussionniste antillais et d’un rappeur africain? Citons à la volée des endroits comme le Wooden Box, le Limbo ou le Kharma, mais la liste est très longue. 

 

Dance-floors

Mais qu’en est-il de la danse, si populaire et qui a fait la réputation du Shanghai des années 30? S’il est vrai qu’un grand nombre de salles de bals ont été fermées en 1947 après le retour au pouvoir de Chiang Kai Shek, au nom d’une certaine moralisation, les communistes n’ont pas fait grand chose pour rétablir cette culture fortement teintée de capitalisme occidental.Pendant la Révolution Culturelle, toutefois, il est surprenant de voir que les messages portés par les Gardes Rouges prennent parfois la forme de ballets révolutionnaires, 

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Depuis la “Renaissance” (Fuxing) des années Deng Xiaoping en effet, Shanghai ne tarde pas à céder à nouveau à son penchant pour la fête. Des dancefloors accueillant les meilleurs DJ internationaux ou Chinois du moment voient alors le jour. Le genre musical y est très actuel: House, hip hop/mashup ou electro. Aujourd’hui, dans des clubs comme le Mint ou le M2 (photo de gauche) se côtoient la jeunesse dorée shanghaienne et les étrangers. Comme un petit air de "déjà-vu", tout çà! 

 

Karaoke

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Comment évoquer la musique en Chine sans parler des karaoke. Ils fleurissent partout dans Shanghai. Le karaoke est un espace social de première importance pour les jeunes Shanghaiens, un moyen pour les jeunes de rencontrer sa petite amie ou de passer la soirée avec des amis. Dans l’entreprise aussi, les sorties au karaoke entre collègues font partie des rites incontournables. C’est un moyen pour les responsables d’équipes de s’attacher la sympathie des collaborateurs. Dans le domaine des affaires, la pratique qui consiste à emmener ses clients au karaoke s’inspire du modèle japonais ou coréen qui consiste à boire beaucoup pour sceller une relation commerciale, le tout accompagné d’une large présence féminine. Pas si loin des années 30 non plus! 

 

La culture musicale shanghaienne est étroitement liée à l’identité de la ville. Malgré les difficultés et les bouleversements historiques ou politiques, la musique est restée vissée à l’âme shanghaienne, et ce pour notre plus grand plaisir!

Pour me contacter:
Internet website: www.chinaworldexplorers.com
Email: didier.pujol@chinaworldexplorers.com
Tel: +86 15021769130

Références

  • Andrew David Field, « Shanghai’s Dancing World, Cabaret Culture and Urban Politics, 1919-1954 », Ed The Chinese University Press, 2010
  • Guy Brossolet, « Les Français de Shanghai – 1819-1949 “, Ed Belin, 1996
  • Katya Knyazeva, « Hidden History: Shanghai’s Russian Roots », Shanghai City Weekend, 3 Juilletl 2013
  • Andrew David Field, « Mushiying, the last modernist », Hong Kong University Press, 2014
  • Uli Gaulke, « As Time Goes by in Shanghai », film de 90 mn, 2013
  • Tess Johnston & Deke Her, «Frenchtown Shanghai: Western Architecture in Shanghai's Old French Concession», Old China Hand Press, Oct 2000
  • Bai Xianyong , « Peony Pavilion » adaptation de la pièce de 1598 de Tang Xianzu, 2004

Remerciements

  • Tess Johnston pour ses précieuses informations sur les années 30
  • Belle BAI, responsable des Relations Publiques du Peace Hotel
  • Mon ami Gilles qui m'a fait découvrir la scène musicale shanghaienne et ma femme qui supporte mes sorties
  • Liliane Willens, auteur de “Stateless in Shanghai” et habitante du Shanghai des Concessionsavec qui j'ai eu de nombreuses discussions sur le Shanghai des années 30 et 40