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A l'occasion de l'année chinoise du Coq de Feu, je voudrais rappeler à mes lecteurs que le symbole de la France est aussi le coq. Pendant longtemps, il fut aussi à Shanghai l'emblème du Cercle Sportif Français, devenu l'Okura Garden Hotel sur Maoming Road, anciennement rue du Cardinal Mercier. Achevé en 1926, ce spendide batiment est le chef d'oeuvre de deux architectes Français Alexandre Léonard et Paul Veysseyre. Ce dernier a en effet tout juste 27 ans quand le projet est confié au cabinet Minutti où ils sont employés en 1923 par le Conseil Municipal Français, où travaille le père de Jacques Mayol, Laurent Mayol. Bien vite, ils se font remarquer et la Municipalité retire le projet à Minutti pour leur en confier l'unique responsabilité. Pendant un temps, on trouvait encore sur les marchés aux puces shanghaiens de la vaisselle à la marque du Club, le coq gaulois! L'un de mes amis collectionneur s'est séparé, il y a peu, d'un menu portant aussi cet emblème. Les habitués des bals de fin de semaine du Club Sportif Français étaient, quant à eux, accueillis jusqu'au début des années par la petite statue de bronze du coq gaulois, trônant au sommet l'escalier monumental entouré de ses magnifiques vitraux Art-Deco.

Histoires de poulets

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La première association entre le coq et la France vient de Jules César dans ses fameux "Commentaires". A cette époque, les tribus Celtes qui résidaient sur le territoire qui est devenu la France n'avaient de cesse de se quereller, donnant une opportunité à l'ambitieux général Romain de se couvrir de gloire. Il lance donc ses légions à travers le Alpes et finit par vaincre tout ce petit monde à Alésia. De cette campagne, Jules César rédigera sa propre version, sans manquer au passage de se valoriser. Pour ridiculiser ses ennemis, il leur donnera le nom de "Galli", qui signifie poules en latin, une insulte pour désigner les lâches. Le nom de Gaulois est donc resté associé aux tribus désormais conquises. Pourtant, la réputation faite par César est tout sauf juste. Les Gaulois sont au contraire des guerriers farouches dont la seule superstition est que le ciel leur tombe sur la tête, comme le décrit avec humour Uderzo dans "Astérix". Les Gaulois combattent en effet souvent nus en criant pour intimider leurs ennemis.

L'autre référence au coq vient du Christianisme car les églises françaises du Moyen-Age comportaient souvent sur leurs clochers des girouettes en forme de coq. Il s'agissait d'une façon de représenter le Christ affrontant les vents contraires, le coq symbolisant la lumière et le bien triomphant des ténèbres en chantant chaque matin. Les premiers Chrétiens avaient aussi pour habitude de faire leur première prière au chant du coq. Pour mes amis Belges, j'évoquerais enfin cette plaisanterie sur les Français qu'ils considèrent souvent comme prétentieux. Le coq a été choisi par les Français comme emblème, disent-ils, parce que c'est le seul animal capable de chanter les pieds dans le fumier, une façon de parler de notre pays sur le déclin et dont nous restons pourtant fiers. Bien entendu, rien de cela ne peut nous atteindre. Ne continuons-nous pas d'affronter fièrement nos compétiteurs internationaux à moitié nus en poussant des cris pour les effrayer? Le risque est bien sûr d'y laisser quelques plumes!

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Sources et photos

  • Shanghai's Art Deco Master, Paul Veysseyre's Architecture in the French Concession, auteurs Spencer Dodington & Charles Lagrange: Earnshaw 2014
  • Commentarii de Bello Gallico, auteur Julius Caesar, 50BC, TheLatinLibrary.com, 2008
  • Asterix the Gaul, auteur René Goscinny and Albert Uderzo, Dargaud 1959