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A l'issu d'un récent voyage au Japon, j'ai eu l'idée de m'intéresser aux traces de la présence japonaise à Shanghai. En effet, celle-ci est au moins aussi importante que celle des Européens, tant en nombre qu'en valeur historique. Certes, en Chine, évoquer les rapports avec le Japon reste un sujet sensible depuis la guerre dont les plaies ne sont pas refermées mais il me semble nécessaire de revenir sur l'influence qu'à eu le Japon sur la destinée de la Chine moderne en particulier à Shanghai. 

La communauté japonaise présente à Shanghai dans les années 30 est l'une des plus importantes avec près de 30000 resortissants vers 1940 soit trois fois la population britannique. On trouve à cette époque en ville tout ce qui fait encore le quotidien d'une ville comme Tokyo ou Kyoto: temples boudhiques shinto, théatre kabuki, marchés de poisson, etc... Les Japonais sont essentiellement massés dans la partie Nord de la ville, un peu en secteur Américain et au Nord des Concessions.

 

L'influence intellectuelle du Japon 

Slide14Dans les années 1870, les premiers émigrants Japonais s’installent le long de la rue du Sichuan et près du port de Shaxing (voir article sur les abbatoirs 1933). Ce sont pour la plupart des petits commercants en quête d'un nouvel Eldorado dans une ville que la présence étrangère vient d'ouvrir au commerce. Au Japon aussi, la pression étrangère a déclanché de grands bouleversements. Ainsi le blocus de Tokyo par les Américains a-t-il contribué à mettre fin au pouvoir des shoguns en faveur de l'Empereur Meiji. Celui-ci lance alors une série de réformes dont l'effet est la modernisation accéléree du pays. C'est dans ce contexte que sont gagnées en 1895 et 1905 les guerres contre la Chine et la Russie par une armée Japonaise désormais très mécanisée. Ces victoires signent la montée d'un Japon conquérant en Asie et font l'effet d'un électrochoc sur les élites chinoises de Shanghai.

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De nombreux intellectuels et hommes politiques se tournent en effet naturellement vers le Japon pour parfaire leur éducation. En effet, le modèle occidental, s'il est est séduisant, est encore peu accessible aux asiatiques et la jeunesse chinoise a soif d'espoir et de nouvelles idées. Ainsi dans les années 1910 puis 1920, c'est dans les universités et instituts japonais que sont formés Sun Yat Sen, Chiang Kai Shek, l'écrivain Luxun (photo ci-contre) ou encore le dessinateur Feng Zikai. Le régime de Taisho, le fils de Meiji qui lui succède en 1912 est alors démocratique et va inspirer des générations de jeunes Chinois à la recherche d'une alternative moderne.

 

Quelles traces aujourd'hui?

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Le symbole encore visible de ces années d'émulation intellectuelle est indiscutablement la rue Duolun où les intellectuels des années 20 se retrouvaient pour bénéficier de l'abondante littérature japonaise disponible à la librairie de Kanzo Uchiyama. La Ligue des Ecrivains de Gauche de Luxun tient aussi ses réunions dans une allée toute proche. Moins connue aussi car nichée au cœur du plus petit parc de Shanghai, rue Shaoxing , la statue de Umeya Shokichi,  ami et soutien politique Japonais de Sun Yatsen.

Proche de la rivière Suzhou, non loin du Garden Bridge se trouve encore l'ancien Consulat Japonais tandis que sur l'ancienne Broadway Road vers l'Est, le batiment de la Poste Japonaise (photo en haut) existe toujours. 

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Le Consultat Japonais est devenu un batiment militaire de l'Armée Chinoise et la Poste un lieu d'habitation. Ci-contre également, le Lycée Japonais de Garçons, sur Wujin Road, en cours de rénovation. Le Club Japonais de la rue Boone (Tanggu Road) et le grand marché couvert de Hongkou adjacent ont quant à eux disparu. Plus à l’Ouest sur la rue Zhapu se trouve encore l’ancien temple boudhiste Nishi-Hongan Ji construit en 1928 (deuxième photo) mais c'est aujourd'hui...un bar! Sur les murs on peut encore distinguer les lotus boudhiques et les chrysanthèmes japonais.

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